Le Christ, source de toute pureté | VIème dimanche du TO | p Damien 14/02/21

Mis à jour : févr. 26

Quand le seigneur passait à travers villes et villages, il enseignait ; il faisait de nombreuses guérisons ; il expulsait les démons. La rencontre dont nous parle l'Évangile d'aujourd'hui a lieu au hasard des chemins. C'est un proscrit qui se présente au Seigneur. Et il ne s'agit pas d'une guérison, mais, selon le terme de l'Évangile, d’une purification.

Si l'Évangile rapporte cet événement, c'est parce qu’il est porteur d'une signification importante : nous voyons Jésus rendre la pureté à un homme impur. Le lépreux est impur en effet parce que sa maladie a été définie comme telle. Nous l'avons entendu dans la première lecture. Son impureté l'empêche d'approcher les choses sacrées, la présence de Dieu.

Notons que l'impureté ne désigne pas forcément une faute morale. Une maladie, le contact avec un cadavre ou la consommation de certains aliments suffisait pour rendre un homme impur. L'impureté peut être lavée spontanément après un certain temps ou en suivant un rituel.

On peut aisément concevoir qu'aucun prêtre n'a dû constater qu'un lépreux a pu recouvré sa pureté pour l'admettre à nouveau dans la communauté liturgique. Inguérissable, la lèpre éloigne à jamais de toute vie liturgique celui qui en est porteur. Elle réduit l'homme à n'être qu'un cadavre qui se décompose, perdant ses chairs, exhalant sa puanteur. En un mot, un mort condamné à vivre…

Mais l'Évangile nous fait témoins d'une révolution : « Saisi de compassion, Jésus étendit la main, toucha le lépreux et lui dit : je le veux, sois purifié ». On peut imaginer facilement la peur qui a dû saisir les compagnons du Seigneur en voyant son audace. (N’oublions pas que saint François a eu le même comportement, et également le Père Damien de Molokai.) Le Maître n'allait-il pas devenir impur lui aussi ? La condamnation de la lèpre n’allait-elle pas passer du lépreux à Jésus ?


Frères, c'est le contraire qui a lieu ! C'est la pureté du Christ qui passe au lépreux !

Ce qu'il s'est passé, c'est ce que saint Jean écrit dans son épître au sujet de ceux qui mettent leur espérance dans le Christ : « ils se rendent purs comme Lui-même - Jésus - est pur ».

Retenons donc bien ceci, qui est le sens de l'Évangile : le Christ est la source de toute pureté ! En purifiant le lépreux, il met fin à cet élitisme de la pureté que véhiculait l’Ancien Testament. À savoir que pour préserver la pureté de quelques-uns, il fallait mettre les impurs à l'écart. En étant source de pureté, le Christ nous permet d'approcher le Dieu vivant : « En lui, dit saint Paul, nous avons libre accès auprès du Père en un seul Esprit ». C'est pourquoi, Jésus peut faire cette promesse : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ! »


Tout au long de cette méditation, insensiblement, le sens donné à la pureté s’est approfondi. Ce mouvement, c'est l'Évangile lui-même qui nous a poussés à le faire. La pureté du lépreux, c'était d'abord celle de son corps. Et on comprend que les anciens, révulsés par la laideur de la lèpre, aient vu en lui une impureté. Comment pouvait-on voir la moindre grâce, le moindre charme dans un lépreux ?

Mais la pureté que Jésus entend restaurer, c'est aussi et surtout celle du cœur. Pureté qui permet d'approcher Dieu et de refléter sa lumière pour les autres. Pureté qui s'épanouit en amour pour le prochain, qui prend pitié de sa misère, de sa pauvreté, de sa maladie, de son isolement ou de son exclusion. Car seul un cœur pur peut aimer sans rechercher son intérêt. La pureté est une qualité si grande que saint Jean Cassien, au quatrième siècle, en fait l'idéal du moine et donc du chrétien.

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