top of page

"Le christianisme n'est pas une utopie" | IIIe dim., A | 22/01/2023 | P. Sébastien Dehorter

Dernière mise à jour : 27 janv.


Depuis quelques années, ce 3e dimanche est le dimanche de la Parole de Dieu - pour nous aider à reprendre conscience de l’importance cette Parole dans la vie chrétienne, pour nous encourager à la connaître, la lire, la méditer, l’aimer.

A ce sujet, j’ai un souvenir très précis du jour de la profession religieuse de mon frère aîné (il a pris le nom de « frère Guillaume de l’Agonie du Christ ») : la manière dont le frère qui présidait la célébration a commencé son homélie : « par amitié pour Guillaume, méditons ensemble l’Ecriture ». La formule est remarquable : à travers l’Ecriture, vivre un moment de communion - au nom de l’amitié - en méditant, ensemble, une même Parole. On dit que certains ados se retrouvent aujourd’hui pour faire du Bible journaling[1]… Et nous ? En couple, en famille, entre amis : redécouvrir l’Ecriture comme médiatrice d’amitié, une « facilitateuse de liens » (si vous voulez), une entremetteuse (pourquoi pas ?), en tout cas une lumière autour de laquelle on aime se retrouver, une lumière qui éclaire et réchauffe, une lumière belle à regarder. En réalité : Jésus lui-même, vivant, ressuscité, en qui nous serons vraiment unis.

Il nous a été bon de communier dans la lumière

Pour le dire autrement, avec des mots de St Augustin à la fin de l’une de ses prédications sur l’évangile selon Saint Jean : « Je sens que vos cœurs s’élèvent avec moi vers les hauteurs… Je vais déposer ce livre, vous allez partir et chacun de vous rentrera chez soi. Il nous a été bon de communier dans la lumière, il nous a été bon de nous réjouir, il nous a été bon d’être dans l’allégresse. Mais en nous éloignant les uns des autres, ne nous éloignons pas de lui[2] ».


La première chose que raconte l’évangile de ce dimanche est un déplacement géographique : l’arrivée de Jésus en Galilée. Était-ce important de le dire ? À bien regarder, depuis le début de l’évangile selon Saint Matthieu, Jésus est passé par cinq lieux géographiques et, à chaque fois, l’évangéliste a cité une parole de l’Ecriture qui s’accomplissait.

Bethléem, d’abord, où Jésus est né, où les mages sont venus l’adorer : Et toi Bethléem, terre de Juda… de toi sortira un chef qui sera le pasteur de mon peuple Israël (Mi 5,1-3). L’Egypte, ensuite, où s’est réfugiée la sainte famille : D’Egypte, j’ai appelé mon Fils (Os 11,1) ; retour à Nazareth, pour que s’accomplisse l’oracle des prophètes : Il sera appelé Nazôréen ; et puis arrivée au désert, auprès de Jean pour être baptisé, et là, c’est l’oracle d’Is 40 qui retentit : Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur (Is 40,3). A présent, Jésus quitte le désert et arrive en Galilée, au bord du lac : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée (Is 8,23-9,1).

Ainsi, la géographie terrestre s’imprègne d’une géographie spirituelle

Ainsi le détail n’est plus un détail. Car en circulant sur cette terre, Jésus a parcouru une histoire – en premier lieu celle du peuple d’Israël – histoire faite de promesses, d’alliances, mais aussi de guerres, de déplacements, de joies et d’espérances. Jésus n’a pas seulement parcouru cette histoire – au sens de la remémorer – il est venu l’accomplir, la remplir de sa présence, en révéler le sens profond et ultime, en un mot : la sauver. Ainsi, la géographie terrestre s’imprègne d’une géographie spirituelle et cela est d’autant plus important qu’à la fin de l’évangile, à partir de la Galilée, Jésus enverra les douze : Allez, de toutes les nations faites des disciples… La terre ne sera pas exportable, l’Ecriture, en revanche, on pourra toujours la prendre avec soi.


Au terme de cette brève méditation, nous pouvons simplement penser au lieu où nous sommes. Pour certains, un lieu de naissance que, peut-être, vous aspirez à quitter ; pour d’autres, un lieu d’arrivée où vous vous dites : « c’est là que je vais finir mes jours » ; pour d’autres encore, la plupart sans doute, le lieu d’aujourd’hui sans présager de l’avenir. Ce lieu - cette maison, ce village ou cette ville, cette région - de quels mystères du Christ est-il le lieu ? Quelle parole de l’Ecriture s’y accomplit-il ? La topologie des cinq lieux de l’enfance de Jésus jusqu’au début de sa vie publique peut nous aider à creuser la question.

· Suis-je à Bethléem pour reconnaître, comme les mages, le roi-berger que je suis venu adorer et que désormais, je veux suivre, Jésus, le pasteur de mon peuple Israël ?

· Suis-je en Egypte, fuyard, migrant ou esclave, pour entendre, comme au fond d’une prison, cette parole libératrice : « viens, lève-toi, suis-moi, let my people go » : d’Egypte, j’ai appelé mon fils ?

· Suis-je à Nazareth, dans une vie cachée, quasi-insignifiante mais qui cependant n’échappe pas au regard bienveillant du Père : Il sera appelé Nazôréen ?

· Suis-je au désert, comme dans un grand chantier intérieur où travaille la parole de conversion de Jean, le cantonnier du bon Dieu : abaisser l’orgueil, combler l’injustice, renoncer aux mensonges, aux détours du cœur, aux doubles vies - voix de celui qui crie dans le désert : préparez les chemins du Seigneur ?

· Ou alors, suis-je en Galilée, dans le bruissement d’une vie cosmopolite où s’est levée la grande lumière de Jésus et désormais, rien ne sera plus comme avant ? Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. Cette lumière, c’est son regard posé sur nous comme sur les premiers disciples. Il nous saisit dans la réalité très concrète de nos existences - notre prénom, notre situation familiale, nos occupations – mais il voit plus loin encore : il voit la lumière que le Créateur a déposé, son image singulière, et il voit aussi l’avenir, la manière dont nous pouvons participer à son œuvre de salut : allez, de toutes les nations faites des disciples.

Le christianisme n’est pas une utopie

Pour le dire en un mot, en nous reconduisant à cette parole des origines que le Seigneur avait adressée à Adam - [Adam], Où es-tu ? Quel est ton lieu ? – l’évangile nous rappelle que le christianisme n’est pas une utopie. Le Christ est toujours quelque part. Que sa présence, lumineuse et joyeuse, consolante et libératrice, nous donne aussi d’être en communion avec toute la terre.

[1] Voir par exemple le témoignage de Thomas Rémy à la date du 14 janvier 2023, sur : https://www.facebook.com/thomas.remy.7330 (consulté le 20/01/23). [2] Voir Office des lectures (Mardi de la 34e du temps ordinaire), Tractatus in Johannis Evangelium, XXIII, 8-9.

115 vues0 commentaire
bottom of page