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Pentecôte I Le Père des pauvres I p. Sébastien I 23/05/2021




À Noël, nous recevons une promesse. Dieu est Emmanuel, « Dieu avec nous », au milieu de nous. Son nom est Jésus, « le Seigneur sauve ».


À Pâques, nous voyons comment cette promesse se réalise et nous la comprenons mieux. Il est là comme quelqu’un qui nous aime, qui donne sa vie pour nous. Il est tellement « avec nous » qu’il va jusqu’à mourir pour connaître la mort et nous en délivrer. Il nous sauve non pas comme quelqu’un qui détruit mais qui pardonne. Il est toujours vivant.


Est-ce que cela suffit ? Tout cela est beau, mais ça reste extérieur. « C’est beau, mais j’ai du mal à y croire vraiment et, à la fin, je m’en lasse, car c’est un peu toujours la même chose ». En réalité, pour qui en reste là, la foi morte, extérieure et lointaine. Au mieux, Jésus est un modèle ou un maître de sagesse, avec de « belles valeurs ». Mais avoir des valeurs, ce n’est pas avoir la foi ; aimer le christianisme pour ses valeurs, ce n’est pas encore être chrétien. C’est pourtant ainsi que beaucoup de gens vivent en pensant que c’est cela être chrétien, car ils ne connaissent que cela.


Ce qui manque, c’est l’Esprit Saint, celui qui fait passer en nous, comme une réalité vivante, tout ce que j’ai décrit plus haut. Telle est l’immense grâce de la Pentecôte. Voilà ce que nous devons absolument comprendre, retenir et désirer : acquérir l’Esprit Saint ! Pour cela, on en parle avec des symboles.


L’Esprit Saint est comme de l’eau. Un texte du Ve s. s’interroge : « Pour quelle raison le don de l'Esprit est-il appelé une "eau" ? » Il répond : « C'est parce que l'eau est à la base de tout ; parce que l'eau produit la végétation et la vie ; parce que l'eau descend du ciel sous forme de pluie ; parce qu'en tombant sous une seule forme, elle opère de façon multiforme. ~ Elle est différente dans le palmier, différente dans la vigne, elle se fait toute à tous. Elle n'a qu'une seule manière d'être, et elle n'est pas différente d'elle-même. La pluie ne se transforme pas quand elle descend ici ou là, mais, en s'adaptant à la constitution des êtres qui la reçoivent, elle produit en chacun ce qui lui convient[1] ». Retenons : 1) L’eau, c’est la vie ; 2) l’eau vient du Ciel ; 3) L’eau est à la fois une et multiple, la même pour tous mais produisant en chacun des effets différents. Pensez à un bloc de terre dur. On ne peut rien en faire sinon taper dessus et alors il s’effrite. Versez de l’eau dessus, il devient de la terre malléable, souple, quasi vivante.


L’Esprit Saint est aussi comme un feu et une lumière. On comprend l’expression : « avoir un cœur brûlant », à la différence d’un cœur triste, honteux, un cœur qui ne s’aime pas, un cœur qui s’ennuie. Ou encore, une douce lumière qui s’allume sur nos visages. « Comme les objets nets et transparents, lorsqu'un rayon les frappe, deviennent eux-mêmes resplendissants et tirent d'eux-mêmes une autre lumière ; de même les âmes qui portent l'Esprit, illuminées par l'Esprit, deviennent elles-mêmes spirituelles et renvoient la grâce sur les autres[2] ».


Saint Paul parle de la vie selon la chair et de la vie selon l’Esprit. Celui qui vit selon la chair, ne vit que par lui-même, il pense qu’il doit toujours y arriver tout seul, uniquement par lui-même et donc, essentiellement pour lui-même. Un jour ou l’autre, il rencontre ses faiblesses et elles deviennent des problèmes. Alors nous nous comparons, nous avons des querelles, des colères, des jalousies, etc. On devient inquiet de soi, de ce que les autres pensent ; on se regarde beaucoup. On est comme une plante grimpante (car l’homme est fait pour le Ciel) qui n’aurait pas de tuteur. À la fin, elle n’a pas belle allure, affalée sur le sol. Celui qui vit de l’Esprit Saint s’appuie sur le tuteur de Dieu et s’enroule autour de lui. Ses fruits sont connus : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi.


Peut-être qu’on ne demande vraiment l'Esprit Saint que le jour où l'on se rend compte que, par soi-même, notre vie chrétienne ne vaut pas grand-chose. Il est le Père des pauvres.

Comment acquérir l’Esprit Saint ? C’est très simple : il suffit de l’appeler. « Esprit Saint, mon ami, viens ! » Peut-être qu’on ne demande vraiment l'Esprit Saint que le jour où l'on se rend compte que, par soi-même, notre vie chrétienne ne vaut pas grand-chose. Il est le "Père des pauvres". C’est spécialement vrai pour l’amour. Il existe une bonne tristesse, une tristesse selon Dieu, celle qui vient du constat qu’on n’aime pas autant qu’on le voudrait, pas aussi délicatement. On encore : « je n’arrive pas à me laisser aimer, je n’arrive pas à ouvrir mon cœur ». Lorsqu’on a cette tristesse au cœur, on fait l’expérience d’un cœur brisé. On est alors prêt à accueillir l’Esprit de Dieu. « Son entrée en nous se fait avec douceur, on l'accueille avec joie, son joug est facile à porter. Son arrivée est annoncée par des rayons de lumière et de science. Il vient avec la tendresse d'un défenseur véritable, car il vient pour sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, réconforter, éclairer l'esprit : chez celui qui le reçoit, tout d'abord ; et ensuite, par celui-ci, chez les autres[3] ».


Jusqu’où cela va-t-il nous mener ? Basile de Césarée (IVe s.) a ces propos audacieux : « De là viennent la prévision de l'avenir, l'intelligence des mystères, la compréhension des choses cachées, la distribution des dons spirituels, la citoyenneté céleste, la danse avec les anges, la joie sans fin, la demeure en Dieu, la ressemblance avec Dieu et le comble de ce que l'on peut désirer : devenir Dieu[4] » ! La « danse avec les anges » : pas mal, non ?


Sa manifestation la plus ordinaire est la joie sans cause. Qu’elle nous soit donnée au milieu de cette journée venteuse et pluvieuse !

[1] Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse sur le Saint Esprit. [2] Saint Basile de Césarée, Traité sur le Saint Esprit. [3] Saint Cyrille de Jérusalem, op. cit. [4] Saint Basile de Césarée, op. cit.


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