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Une nouveauté de vie | Vigile pascale | Père S. Dehorter | 11/04/2020




Lorsque j’étais au séminaire, nous avons appris à étudier la Bible en petits groupes en la lisant patiemment verset après verset. Je me souviens encore de la remarque d’une des participantes au sujet de l’évangile que nous venons d’entendre, plus précisément du verset qui décrit la réaction des femmes, quittant le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses. C’est, disait-elle, comme lorsqu’une femme apprend qu’elle est enceinte. Se mêle en elle toute une gamme de sentiments apparemment contradictoires, depuis la joie exubérante qui la pousserait à courir partout pour annoncer la nouvelle jusqu’à cette forme de retenue qui, dans la Bible, s’appelle la crainte, en raison de cette présence mystérieuse à laquelle sa propre destinée se sait désormais liée. Il pourrait en être de même pour nous tous en cette nuit très sainte, nuit de veille et de prière, nuit dont la grâce fondamentale est d’opérer une nouvelle naissance et de nous lier pour toujours à la vie du Ressuscité.

Je ne sais pas si ce temps de confinement sera synonyme de baby-boom pour notre paroisse (cela ne nous regarde pas) ; en revanche, nous avons le droit d’espérer que la célébration de cette Pâques ne nous laissera pas inchangés. Même lorsqu’elle est vécue à distance, la Vigile Pascale attend de chacun qu’il se livre, corps et âme, au travail de la grâce.


Ce dont le monde a besoin, même si cela n’apparaît encore qu’au loin, c’est de lumière, une lumière qui éclaire et qui réchauffe : la lumière de la Vérité et la chaleur de l’Amour.

Au début de la célébration, nous avons commencé par allumer et par bénir une lumière. Vous vous rappelez de la nuit des origines, la nuit de la création du monde. La terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme et un souffle de Dieu agitait la surface des eaux. Alors Dieu dit : « que la lumière soit » et la lumière fut. La première étape pour naître à nouveau consiste, une fois encore, à passer du néant à l’être, du chaos à l’ordre, de l’absurde et du non-sens à un monde de significations, multiples et chaleureuses, un monde qui nous appelle et nous interpelle de toutes parts et qui nous met debout. Ce dont le monde a besoin, même si cela n’apparaît encore qu’au loin, c’est de lumière, une lumière qui éclaire et qui réchauffe : la lumière de la Vérité et la chaleur de l’Amour. Plus que jamais, en effet, nous comprenons que nous ne pouvons pas nous en passer. Car nous en avons assez de ce grand mensonge lancinant qui a voulu nous faire croire que rien ne pouvait changer, que nous vivions dans le meilleur des mondes (en tout cas dans le moins pire qui soit) et que nous devions nous contenter de cette réalité, triste mais vraie, dure comme un diamant, que nous étions des êtres-pour-la-mort et rien de plus, avec comme seul bonheur la devise : « consomme et tais-toi ». C’est sur le fond de ce grand mensonge, noir comme la suie, glacial comme un congélateur, que surgit en cette nuit la figure lumineuse et chaleureuse du Ressuscité, la seule qui soit capable d’emporter toute notre adhésion.

Pourquoi lui me direz-vous ? Car il est le seul à avoir traversé et vaincu la mort, le seul pour qui l’apocalypse, c’est-à-dire la révélation des choses cachées depuis la fondation du monde, ne soit plus devant lui mais en lui. Si nous voulons renaître, et risquer notre liberté dans une nouveauté de vie, il nous faut aussi accepter que l’existence humaine ait sa part de mystère. C’est le sens de la deuxième partie de cette veillée, l’écoute humble et patiente de l’histoire du salut depuis Abraham jusqu’au Christ, en passant par Moïse et les Prophètes. À ce sujet, je trouve que le récit improprement appelé « le sacrifice d’Isaac », disons plutôt « la mise à l’épreuve d’Abraham et d’Isaac », est riche d’enseignements. Cet épisode agace plus d’une personne et il est parfois bon ton aujourd’hui ou bien de dénoncer ce Dieu pervers, qui exige la mise à mort d’un fils, ou bien de trouver une faille du côté d’Abraham et de sa non-compréhension de ce que Dieu lui demandait. Sans rejeter ces interprétations parfois très subtiles, je me demande néanmoins si nous ne cherchons pas trop vite à tout comprendre et à tout expliquer. Acceptons-nous suffisamment qu’il y ait une part de mystère, aussi bien du côté de Dieu que du côté de l’homme ? Que savons-nous de ce que cela signifie véritablement le fait de devenir père et fils, en termes de confiance, de marche dans la nuit, de renoncement à toute forme de maîtrise ? Autant attitudes en tout cas, qui nous serons demandées à l’heure de notre mort pour accéder à la Vie véritable.


La prière autorise le mystère.

En bref, ce que nous célébrons cette nuit, c’est l’accueil d’une lumière chaleureuse en même temps que l’audace de la foi. Dans une lettre reçue ces jours-ci, en lien avec le contexte d’agitation sociale actuelle où chacun y va de sa petite explication, quelqu’un m’écrivait : « la prière autorise le mystère ». Je trouve la formule merveilleuse car percevoir que notre destinée collective en ce monde relève du mystère, c’est s’autoriser à explorer des modes de vie nouveaux tout en évitant le piège mortifère de la chasse aux sorcières. Puissions-nous recevoir l’audace d’une liberté nouvelle dans la célébration de notre naissance à la foi.

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