Homélie pour le 26E dimanche du Temps ordinaire | 25/09/2022 | P.Damien Desquesnes.


« S’ils n’écoutent pas Moïse ni les prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne croiront pas. » Ainsi se termine le passage d’aujourd’hui : par une sentence qui signe l’impossibilité de la foi pour qui n’écoute ni Moïse ni les prophètes… Mais qui est visé ? Notre seigneur n’était pas dépourvu d’intelligence…


Il savait faire d’une pierre deux coups. Nous pouvons reconnaître dans ce riche vêtu de pourpre et de lin, les vêtements propres aux castes sacerdotales. Et l’on peut voir dans les festins somptueux, les innombrables sacrifices offerts dans le Temple. Préoccupés par leurs cérémonies, les prêtres passaient devant les miséreux sans leur accorder le moindre regard (voir la parabole du bon Samaritain ; voir aussi Ac 3,2). On peut voir de façon plus évidente dans ce riche tous les rassasiés, tous les repus, qui forment, selon le psaume 48, « un troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître ». Ce sont ces hommes-là qui sont sourds à Celui qui ressuscitera d’entre les morts, à notre Seigneur Jésus-Christ et à son Évangile.


Ils sont sourds parce qu’il leur manque l’écoute de Moïse et les prophètes. Alors, qu’y a-t-il chez Moïse et les prophètes qui prépare à la foi dans le Ressuscité ? Nous savons que c’est à partir de cette référence que Jésus lui-même a éclairé l’esprit des deux disciples d’Emmaüs pour qu’ils puissent enfin le reconnaître. Partons de ce que nous avons entendu dans la première lecture tirée du prophète Amos. Celuici s’en prend à la « bande des vautrés ». Il dénonce leur insensibilité formée par le luxe dans lequel ils vivent. Ce confort les a rendus insensibles à la voix de Dieu et à ses conseils, en même temps qu’au sort du pauvre qu’ils exploitent par ailleurs.


Cette insensibilité les a conduits à un aveuglement quant à leur propre fin. Bientôt, dit Amos, « la bande des vautrés n’existera plus ». Ils ont été trop lâches pour se soucier du désastre de la nation et de la déportation dont ils seront les victimes. Il y a chez le riche de l’Évangile une chose semblable. Baignant dans l’aisance, il a ignoré Lazare. Et le voilà tout étonné d’être dans les tourments après une vie de plaisir. Remarquez ceci, frères et sœurs, le riche commence à réfléchir quand, excédé par sa souffrance, il appelle Abraham. Ou plutôt, c’est Abraham qui le pousse à réfléchir : « mon enfant, rappelle toi ! » C’est l’inconfort qui a fait éclater la bulle d’insensibilité du riche. Sa réflexion reprend en commençant par faire appel à la mémoire. Ceci est très semblable à l’aventure du fils prodigue. Au fond du trou, quand il ne reste plus à manger que la nourriture des porcs, il rentre en lui-même et il se souvient de la maison de son père.


C’est alors qu’il prend la décision d’y retourner. Le drame du passage d’aujourd’hui, c’est que la réflexion du riche vient trop tard. La mort en effet fixe pour toujours l’orientation de la liberté. Le temps donné pour choisir et devenir digne de l’éternité bienheureuse s’est épuisé. Cela est heurtant, car il est difficile d’entendre la possibilité d’une damnation éternelle, mais cette possibilité est réelle… Voilà plusieurs années que nous nous fréquentons et je n’ai pas vu parmi vous beaucoup de vautrés ni de riches comme dans l’Évangile, je veux dire des hommes et des femmes à ce point insensibles au sort des pauvres. Mais en raison de l’enjeu de l’existence que nous menons et qui décide de notre avenir éternel, je voudrais qu’en chacun se forme davantage une foi qui se nourrit de l’écoute de Moïse et les prophètes, une foi, comme le dit Paul à Timothée, qui ambitionne de conquérir la vie éternelle. Je voudrais que l’on médite sur ce fait silencieux qui est présent dans la Loi et les prophètes. Il m’a saisi un jour quand je chantais les psaumes de l’office. L’Écriture nous parle bien sûr de la Révélation de Dieu, mais elle suppose implicitement que l’homme a une âme. Vous me direz qu’il n’est pas nécessaire de se mettre à l’écoute de la parole de Dieu pour savoir que nous avons une âme. Aristote, par exemple, le savait. Lisez-le et vous n’aurez aucun doute sur ce point. Mais Aristote voyait l’âme comme un phénomène. Il posait sur elle le regard d’un homme de science : l’homme est pour lui tout simplement un être doué d’une âme rationnelle.


C’est déjà très bien, mais cela n’atteint pas l’idée que l’Écriture nous donne de l’âme humaine. Elle la voit comme une créature, comme relation à Dieu, comme un cœur appelé à se dilater en parlant à Dieu comme on parle à un ami. Je voudrais que vous réalisiez que vous avez une âme et que cette âme réfléchisse à ellemême. Qu’elle découvre qu’elle n’est pas au point de départ d’elle-même. Je veux dire que l’âme est foncièrement pauvre. Il lui est contre nature d’adopter la posture du riche ou du vautré et d’oublier le pauvre. Son aspiration, c’est de se rassasier de ce qui vient de la surabondance de la table de Dieu. Et elle peut être sure que Dieu ne la décevra pas.

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