Homélie pour le 3E dimanche de Pâques 19/04/2026 | P. Damien Desquesnes
- Xavier Joachim
- il y a 4 jours
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Nous connaissons bien l’Évangile de ce jour : la longue marche des deux compagnons d’Emmaüs avec le Ressuscité, leur entrée progressive dans l’intelligence des Écritures — c’est-à-dire dans la compréhension du plan de Dieu — et la reconnaissance du Ressuscité à la fraction du pain. Nous voyons encore ces deux disciples revenir à Jérusalem, auprès du groupe des apôtres pour leur rapporter leur témoignage.
Cependant, avant qu’ils aient pu le produire, ils en reçoivent un autre : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » L’Évangile ne nous raconte pas cette apparition. Nous ne savons ni où ni comment elle s’est passée, mais saint Paul la mentionne dans sa première lettre aux Corinthiens : « le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, il est apparu à Céphas (c’est-à-dire Pierre), puis aux Douze » (1 Co 15,3-5).
Ce qui me frappe, c’est la valeur que cette apparition revêtait aux yeux des disciples. Le Seigneur est réellement ressuscité ; et, puisqu’il est apparu à Simon-Pierre, il n’y a pas de doute à avoir ! Le témoignage de Pierre est solide. Celui des deux compagnons d’Emmaüs aussi, mais celui de Pierre l’emporte en autorité sur tous les autres. Sur ce témoignage, l’Église s’appuie encore aujourd’hui. Et c’est encore ce témoignage qui permet de reconnaître l’authenticité des autres.
Allons plus loin… Le première lecture nous situe au jour de la Pentecôte. Et c’est encore Pierre qui parle. Il prend la parole au nom de tous. Personne — aucun autre apôtre — n’ajoute rien à ce qu’il dit. Avec une force et une conviction qu’on rencontre rarement chez un homme sans culture (Ac 4,13), il proclame avec force : « Ce Jésus, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. (…) Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins » (Ac 2,23.32).

Quelques temps plus tard, on interdira à Pierre d’enseigner au nom de Jésus. L’Apôtre répondra au Sanhedrin : « Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4,20). Pierre est par excellence ce disciple que Jésus a « sanctifié dans la vérité » (Jn 17,17), ce disciple dont la force repose sur la fidélité à sa conscience en même temps qu’au Seigneur. C’est pourquoi, sa mission consiste à affermir ses frères dans la foi et, par conséquent, à les délivrer de tout ce qui les empêcherait de donner leur foi au Christ.
Je vous parle de Pierre aujourd’hui pour deux raisons. Tout d’abord parce que les lectures de ce jour m’en donnent l’occasion ; ensuite parce que l’actualité m’y pousse.
J’admire le successeur de Pierre, notre bon Pape Léon XIV ; j’admire la force tranquille, son courage et sa fidélité à annoncer l’Évangile même quand ça ne plaît pas à tout le monde. J’admire son souci des pauvres, son courage d’exhorter à la paix tous les va-t’en-guerre.
Je souligne encore le risque et le péril qu’encourt celui qui se dresse contre Pierre, celui qui le considère comme rien, celui qui ne reconnaît pas son charisme, celui qui en raison de sa force s’autorise à le prendre de haut, à le mépriser ou à rire de lui.
Trois exemples…
Le premier, nous le trouvons dans les Actes des Apôtres : c’est la fraude d’Ananie et de sa femme, Saphire. Les premiers chrétiens avaient la coutume de vendre leur bien et de donner à la communauté le produit de cette vente, lequel était géré par les Apôtres. Ce couple avait décidé de garder une partie pour eux et avait menti à Pierre sur le montant. Les Actes nous disent que pour ce mensonge, ils passèrent l’un après l’autre de vie à trépas.
Deuxième exemple. On rapporta un jour les propos du pape à Staline. Ce dernier s’exclama : « Le Pape, combien de divisions ? » Cet homme ne reconnaissait de valeur qu’à la force, mais, un jour, il est mort et a dû s’expliquer de ses crimes devant le juge de toute chair ; son empire finit par se disloquer.
Troisième exemple. Le vice-president d’une grande nation a dit récemment à la télévision que le pape devrait faire attention quand il parle de théologie… C’est ahurissant ! Quelle insolence ! Le monde à l’envers…
Frères et sœurs, comme Pierre, le pape est sans doute l’homme le plus libre du monde. Aujourd’hui, comme aux premiers temps de l’Église, le pape ne s’est jamais interdit de proclamer l’Évangile. Et à propos de Staline, sachez qu’il avait une fille. Elle s’appelait Svetlana Allilouïeva ; elle était probablement un des seuls êtres pour lequel il ait eu un peu de tendresse. Selon la fille de Svetlana, celle-ci est devenue catholique en 1993. Certains prétendent qu’elle a affirmé : « L’Église catholique romaine, c’est là la grande espérance du monde entier. »
Quoi qu’il en soit, l’Église — avec le pape à sa tête — n’a pas d’abord pour mission de combattre ou de favoriser tel ou tel régime politique. Mais, en nous apprenant à rendre à Dieu ce qui est à Dieu, elle éduque les âmes à suivre leur conscience en suivant le Seigneur.


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