Homélie pour lev 29e dimanche du TO | 18/10/2026 - A | P. Damien Desquesnes
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(Transcription d’après enregistrement audio)
Je voudrais partir ce matin, frères et sœurs, d’une petite phrase que nous avons entendue dans la première lecture. Dieu dit à travers le prophète Isaïe « Je suis Le Seigneur ; il n’en est pas d’autre ». On pourrait compléter en disant « Je suis le Seigneur. Il n’y a pas d’autre Seigneur que moi ». Dans quelques instants, nous allons dire ensemble le Symbole de notre foi et nous dirons que nous croyons en un seul Dieu. Mais, Dieu est aussi un unique Seigneur. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que, bien sûr, Il fait toute chose en les appelant du néant à l’existence, mais plus encore, Dieu les accompagne ; il les domine; il les gouverne ; il les conduit. Cela vaut, comme je vous l’ai dit, pour toute chose ; pour le plus petit neutrino qui est en train de traverser votre corps, comme pour l’humanité entière. En effet, Dieu la gouverne également ; Il ne la laisse pas aller à elle-même, Il ne la voue ni à l’anarchie, ni à l’errance.
Cependant, Dieu ne conduit pas l’humanité comme on tire un chien en laisse. En effet, les êtres humains que nous sommes ne sont pas des pierres. Nous sommes des êtres conscients, intelligents et libres. C’est pourquoi Dieu fait participer l’homme lui-même au gouvernement de l’humanité. Pour qu’il y ait donc un bon ordre dans nos sociétés, il y a des autorités. Et l’Apôtre Pierre dit à leur sujet qu’elles sont envoyées par Dieu pour punir ceux qui font le mal et pour féliciter ceux qui font le bien (1 P 2, 14). Et comme je vous l’ai dit, Dieu est le seul Seigneur. Personne donc n’a d’autorité ici-bas sur les autres s’il ne l’a reçue de Dieu.
Je ne dis pas que ces autorités exercent par le fait même leur pouvoir de façon juste. Je dis : parce qu’il n’y a qu’un seul Seigneur, l’autorité est en fin de compte reçue de Dieu ; y compris dans nos sociétés démocratiques. En tout cas, c’est ainsi que Jésus voit les choses. Rappelez-vous ce qu’Il dit à Pilate quand Il est interrogé. Il ne répond rien tout d’abord et Pilate dit à Jésus : « Tu ne sais pas que j’ai le pouvoir de te relâcher ? » Et Jésus lui répond « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si cela ne t’avait été donné d’en haut » (voir Jn 19,8-11).
La première lecture évoque la figure de Cyrus, l’empereur perse ‘que Dieu a pris par la main’ nous dit Isaïe. En effet, Cyrus a vaincu l’empire des Babyloniens qui avaient déporté Israël en exil. Cyrus autorise le retour des Juifs sur leur terre, et plus encore, il va leur donner des moyens pour reconstruire le Temple. Le cas de Cyrus ne fait pas tellement de difficulté. À travers lui, on voit se déployer le bras de Dieu qui gouverne le monde toujours de façon juste. Il y a en effet une heureuse coopération entre les actions de Cyrus et la volonté divine.
Quelquefois, et de façon paradoxale, l’autorité s’exerce de façon tout à fait injuste. Mais Dieu, à l’intérieur de cette injustice, est capable de mener son plan à bien. Rappelez-vous ce que disait Caïphe, le grand prêtre, au chapitre 11 de l’Évangile de Jean (voir Jn 11,49-52). Il s’adressait à ses collègues et leur disait « Vous ne saisissez pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas toute entière. » Saint Jean ajoute que Caïphe était grand prêtre et qu’à cette occasion il avait prophétisé. Bien sûr, son plan était complètement injuste ; il allait faire mourir un innocent. Mais, c’est parce que Jésus est mort sur la croix, selon ce que voulait Caïphe, que Dieu a aussi mis fin à toute injustice.
Les exemples que je vous ai cités sont tirés de l’Écriture et nous savons que dans l’Écriture tout finit bien ! Même si quelquefois il faut passer par de grands drames. Mais qu’en est-il de notre monde ? Vous vous rendez bien compte, frères et sœurs, qu’aujourd’hui les temps sont mauvais. Alors, peut-on dire facilement que Dieu conduit les grands de ce monde en les tenant par la main ?
C’est ici que la foi insiste. Oui, ces gens — ces puissants — Dieu leur tient la main. Mais vous savez aussi par expérience qu’un enfant qu’on tient par la main ne se laisse pas toujours faire. Il y a quelques mois, j’ai assisté à une scène dans l’un des rayons du Delhaize, où un petit gamin par caprice se roulait par terre devant sa mère…
Pourtant, frères et sœurs, c’est aussi aux grands de ce monde que cette parole du Seigneur est adressée : « Rendez à César ce qui est à César mais aussi à Dieu ce qui est à Dieu ». Ce n’est pas parce que César reçoit des hommes que lui-même n’a rien à rendre à Dieu. Chacun, en effet, que l’on soit grand ou petit, aura à répondre de sa conduite quand le Christ reviendra à la fin des temps dans la gloire. Chacun sera jugé pour ses actes : chacun sera récompensé pour le bien qu’il aura fait ; chacun aussi devra réparer les torts et les dommages qu’il a commis ; que ce soit dans ce monde ou dans l’autre. Et ce jugement, frères et sœurs, sera bien plus dramatique pour les grands de ce monde. Car le Christ leur demandera « As-tu servi le plan d’amour de mon Père, ou bien ton plan à toi ? As-tu fait tout ton possible pour donner à mes frères le pain de ce jour ? » Le plus invraisemblable, c’est que beaucoup de puissants oublient complètement qu’ils auront des comptes à rendre sur leur gestion (voir Lc 16,2). Ils oublient aussi que Dieu leur tient la main et qu’Il éteint leur souffle de prince (Psaume 76(75),13).
Je voudrais terminer par cinq conseils, cinq encouragements ou, si vous voulez, cinq recommandations. La première est celle-ci : soyez sûrs, frères et sœurs, qu’en toute circonstance, le Seigneur nous donne SA paix. Soyez sûrs également que notre ange plaide notre cause devant le trône de Dieu ; surtout si nous sommes victime de l’injustice d’un puissant (Matthieu 18,10).
Deuxième chose. Durant votre vie sur la terre, n’oubliez pas de rendre à César ce qui est à César. Payez vos impôts, vivez honnêtement, au point que même les incroyants pourront dire du bien de vous à cause de votre comportement. Renoncez à la corruption. Ne pensez pas seulement à votre propre intérêt, mais ne perdez pas de vue le bien commun. Faites votre devoir de citoyen en allant voter mais, de grâce, ne donnez pas votre voix à un candidat qui bafouerait la dignité humaine. En veillant à cela, vous aurez commencé de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.
Troisième chose. Il est aussi un devoir religieux de mettre en pratique ce que recommande saint Paul dans sa première lettre à Timothée : « Je recommande qu’on fasse des prières et des supplications pour tous les hommes, pour les rois et tous les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité » (1 Timothée 2,1-2). Il faut donc prier pour les dépositaires de l’autorité et à plus forte raison si ceux-ci sont des hommes injustes.
Quatrième élément. Je vous encourage, quand votre âme et votre maison seront en paix, d’envoyer votre ange gardien auprès de celui d’un puissant de ce monde, de ceux qui se comportent de façon injuste ; non pas pour faire pression sur lui, mais pour soulager sa peine. Pensez-vous que ce soit un cadeau pour cet ange gardien de veillez à ce qu’un dictateur hérite du salut alors qu’il fait tout pour se damner ?
Et puis, cinquième chose — ça fait beaucoup ce matin — n’oubliez pas l’appel du Pape Léon XIV qu’il nous a adressé à Paris, lors de son voyage en France. Il nous demande de prier la prière du rosaire, pour la paix en Europe et dans le monde.

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