« Oh ! maman, c’est beau » | Père Sébastien Dehorter | TOUSSAINT | 1/11/2019



Il y a quelques années, j’ai participé à une pièce de théâtre dont je me rappelle parfaitement les premiers instants[1]. Une femme entrait en fond de scène, portant un panier de linge sous un bras et tirant un enfant de l’autre. L’endroit qu’ils traversaient était les décors d’un théâtre où la mère travaillait comme lingère. L’enfant était absolument fasciné par ce qu’il voyait et s’écriait : « Oh maman, c’est beau !.. » La mère, elle, avait d’autres sentiments. Tirant de plus bel sur la main de l’enfant qui la retenait, elle lui répondait : « Allons, je n’ai pas le temps, j’ai mon linge à livrer ». Cet enfant allait devenir un acteur très célèbre au XIXes. en France, Frédérick Lemaître. Fiction ou réalité ? Qu’importe. Cette petite scène nous rappelle qu’il suffit parfois d’un instant de lumière pour que notre vie reçoive sa vocation et son orientation décisive.


En ce jour de Toussaint, c’est un peu la scène inverse qui se produit pour la plupart d’entre nous. L’Église, en effet, telle une mère attentionnée, nous donne de contempler, non pas les décors d’un théâtre, mais la sainteté de tous les élus du ciel. J’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec une palme à la main. Par-là, elle aimerait tant que nous nous exclamions : « Oh maman, c’est beau ! ». Mais nous, tirant sur sa main comme des enfants à une sortie de messe, nous aimerions plutôt qu’elle avance pour passer à des choses plus intéressantes… En réalité, le monde n’est pas un théâtre et la liturgie n’est pas un décor pour tromper ou faire rêver les spectateurs que nous serions le temps d’un spectacle. Non, le Ciel est ce qu’il y a de plus réel, de plus vrai, car le ciel, c’est le lieu de Dieu et sans lui notre vie tombe en ruine.


Nous devenons ce que nous regardons.

Il y a donc quelque chose à voir aujourd’hui, de la gloire et de la splendeur de Dieu, et, par suite, quelque chose à recevoir : le désir indéracinable de faire partie un jour, nous aussi, de la communion des Saints. Comme le dit la deuxième lecture, lorsque nous verrons [Dieu] tel qu’il est, alors nous lui serons semblables. Cette affirmation repose sur une conviction simple dont nous faisons déjà l’expérience ici-bas : nous devenons ce que nous regardons. Les images qui se déposent en nous, ne sont pas seulement des souvenirs passifs, mais elles impriment souvent, à la manière d’un sceau, le modèle que nous allons suivre et imiter par nos actes. Pour nous chrétiens, cette marque, inscrite au jour de notre baptême, c’est le visage de Jésus, celui que nous décrivent les Béatitudes : pauvre de cœur, doux, miséricordieux, artisan de paix, ruisselant de larmes et assoiffé de justice – un visage tellement beau qu’une fois de notre regard l’a croisé nous ne voulons plus en être séparé.


Mais s’il en est ainsi, comment comprendre la réaction de la mère qui est si souvent la nôtre : « Allons, je n’ai pas le temps, j’ai mon linge à livrer » ? Peut-on passer, indifférent, à côté de la beauté du Ciel ? La deuxième lecture nous met sur la voie en affirmant que le monde ne peut pas nous connaître [= les enfants de Dieu] : puisqu’il n’a pas découvert Dieu. Mais c’est surtout dans l’Apocalypse que nous entendons un paradoxe qui a de quoi nous choquer, lorsqu’il est dit, au sujet de la multitude des sauvés : ils ont lavés leurs vêtements dans le sang de l’Agneau ! Difficile à comprendre (surtout pour une lingère !). Qu’est-ce que cela signifie ? Dans le monde biblique, le vêtement désigne la dignité, la valeur d’une personne et de sa vie, ce dont elle peut, en toute légitimité, être fière. Laver son vêtement dans le sang de l’Agneau, c’est comprendre et accepter qu’ultimement la valeur véritable de ma vie ne réside pas dans mes œuvres mais dans le fait que Jésus a donné sa vie pour moi. Un saint est donc, en dernière analyse, quelqu’un qui aura pris cette affirmation au sérieux, quelqu’un qui aura compris que sa vie est infiniment précieuse puisque son prix c’est le sang de Jésus. Mais rien ne sert de vouloir gagner et acheter sa propre vie, c’est impayable ! En réalité, la seule chose qu’il nous reste à faire, c’est de faire comme lui, c’est-à-dire de donner notre vie par amour pour nos frères.

[1] Cf. Eric-Emmanuel Schmitt, Frédérick ou le Boulevard du Crime, Premier tableau.



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