Homélie pour le 1er dimanche de carême | 22/02/2026 | P. Damien Desquesnes
- Xavier Joachim
- il y a 3 jours
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Chaque premier dimanche de carême, nous entendons le récit des tentations de Jésus au désert. Il y a là, en effet, tout l’esprit de ce temps qui nous prépare à Pâques. Nous voyons le Seigneur combattre notre Ennemi, le diable. Et ce combat se reproduit en chacune de nos vies.
Cette année, nous allons nous mettre dans la peau du Seigneur pour mieux nous rendre compte de l’âpreté de ce duel, pour voir à quel point ce fut une épreuve pour lui et à quel point ce fut décisif pour sa mission.
Remontons pour cela au principe (Jn 1,1)… Avant que le monde fut, le Fils de Dieu était dans le sein du Père. Il n’y avait aucune création ; il n’y avait ni mal, ni péché, ni tentation.
Après que le monde fut appelé du néant à l’existence, le Fils de Dieu a été témoin de rébellion du meilleur des anges et d’une bonne partie des créatures spirituelles (2 P 2,4). Il a été témoin de la jalousie du démon à l’égard de l’homme, de sa ruse et de sa perfidie. Il a vu la chute du premier couple humain ; il a vu de déchaînement de la violence après eux : le meurtre d’Abel par Caïn (Gn 4,8). Il a vu encore quelque chose qu’il ne connaissait pas du Père : l’affliction de son cœur devant la corruption de l’humanité (Gn 6,6).
Jusqu’à l’Incarnation, le Fils de Dieu a vu tout cela de haut. Il n’a pas été affecté par le mal. Cependant, de son point de vue, il a pu mesurer — mieux que n’importe qui — que le monde entier gît sous le pouvoir du Mauvais (1 Jn 5,19). Terrible vérité que la révélation nous apprend et qui nous interdit d’être naïfs : pas un recoin de l’univers n’échappe à la domination de l’Ennemi.
L’Incarnation va permettre au Fils de Dieu de considérer le mal d’un tout autre point de vue. Il ne le voit plus du haut du ciel, dans la sécurité que lui procure le sein du Père : il le voit à présent tout autour de lui. Il était environné de gloire ; il vit maintenant dans un monde de misère, un monde où l’homme tombe si facilement et où il s’endurcit dans le mal.
L’Évangile de ce jour va encore plus loin. Nous sommes au début du ministère du Seigneur. À peine baptisé dans le Jourdain, Jésus est poussé par l’Esprit au désert pour y être tenté. Jusque là protégé du mal, l’Ennemi s’approche à présent de lui à visage découvert. Il passe à l’attaque au moment où Jésus est affaibli à l’extrême par le jeûne. Et il est seul devant lui. Jésus n’a jamais connu que l’innocence et la bienveillance du Père ; il n’a jamais été l’objet de la férocité d’un adversaire perfide et jaloux, qui n’attend qu’une chose : se réjouir de le voir tomber. Qui ne se serait effrayé lors d’un tel affrontement ? Nous serions devant le diable en personne, nos moyens nous manqueraient.
Mais Jésus n’a pas le choix ; il doit l’emporter. Certes, son humanité est fragile : elle peut tomber comme la nôtre. Mais elle n’a pas le droit d’entraîner sa divinité dans sa chute.
Quel courage le Seigneur a dû avoir ! Oui, du courage, parce que celui-ci consiste à faire son devoir, même quand on a peur.
Et le courage a payé. Pour la première fois, le démon perd la partie. Son piège a été déjoué ; son mensonge a été confondu. Alors seulement, — parce que le démon a dû se retirer — la Royaume des Cieux a pu s’approcher. Et la prédication du Seigneur — qui va commencer aussitôt — est l’Évangile de sa victoire : « Convertissez-vous, le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4,17). Oui ! Il est tout proche et ses premiers habitants sont les anges qui servent le Seigneur.
Nous le voyons, le Royaume des Cieux et l’empire du diable s’excluent mutuellement. Le premier progresse à la mesure que le deuxième se retire. Et la victoire que Jésus a remportée contre son adversaire est le gage de sa défaite totale.
Il est rare de parler ainsi, frères et sœurs, mais c’est cependant ainsi que le Nouveau Testament voit les choses : « C’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu » (1 Jn 3,8b).
Cet après-midi sera célébré l’appel décisif des catéchumènes du diocèse. Trois d’entre eux seront baptisés chez nous lors de la vigile pascale. Ils devront faire profession et renoncer à Satan « et à ses pompes ». L’expression est archaïque, certes, mais elle indique clairement qu’on ne peut en même temps être disciple du Royaume des Cieux et suivre de Satan. D’ailleurs, penser qu’on peut vivre sans rien devoir ni à Dieu ni au diable est une illusion. C’est précisément la ruse de l’Ennemi d’inciter l’homme à n’en faire qu’à se tête ; nous l’avons dans le récit de la chute, dans le première lecture.
Quant à nous qui sommes baptisés, sachons bien que par le baptême, « Dieu nous a arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,13-14).
Puissions-nous, en ce carême nous consacrer à renouveler notre foi et, grâce à notre pénitence, concrétiser une renonciation toujours plus entière au mal. Puissions-nous ainsi donner de l’assurance à nos catéchumènes et être pour eux un exemple de vie chrétienne.


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