Homélie pour le soir du Jeudi saint - 2/04/26 | Abbé Eric Mattheeuws
- Xavier Joachim
- il y a 4 jours
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« Brûlés à l’Amour »
Dans 53 jours, ce sera le Big Bang : à la Pentecôte, l’Esprit Saint va donner naissance à l’Église pour embraser le monde du feu de l’Amour de Dieu. Ce soir, 53 jours plus tôt, nous sommes en présence d’un minuscule noyau, que Dieu réchauffe à l’incroyable température de son brasier d’amour. Frères et Sœurs, l’histoire du monde est suspendue à cet instant, elle est penchée sur cette table autour de laquelle nous sommes réunis.
Se trouvent là une douzaine d’appelés. Des hommes – opinion qui n’engage que moi : je suis convaincu que si c’était aujourd’hui, Jésus aurait aussi convoqué des femmes à ce repas. Ce petit groupe est un condensé d’humanité. Bientôt ils seront envoyés vers nous tous. Mais pour le moment, ils sont aussi là pour nous représenter. A travers eux, nous sommes tous présents à ce repas. Absolument personne n’en est exclu. Rien de ce qui est humain n’en est absent. Toute la grandeur de l’être humain – et aussi ses faiblesses. Tous nos amours – et tous nos conflits. Tous nos travaux – et aussi nos échecs. Toute notre sainteté, nos visages lumineux – mais également notre face obscure, notre péché. Tout est là, condensé.
Et il va se produire un miracle. La totalité de notre pâte humaine va être élevée à la température de l’Amour de Dieu. Contemplons ce près cette scène – cette Cène – unique. Jésus quitte son vêtement. Avec tout le respect pour lui : il se met en sous-vêtements. Son vêtement, c’est son statut, son autorité (on voit cela à plusieurs endroits de l’Ancien Testament, comme quand le prophète Élie jette son manteau sur Élisée). Jésus se dépouille de tout cela et se met dans le rôle et la peau de l’esclave. Ensuite il se nous à la taille un drap de lin fin : c’est le même mot que celui utilisé pour le linceul, lui aussi tissé de lin fin. Et voilà qu’avec ce drap-linceul devenu son vêtement, il essuie les pieds de ses convives. C’était la coutume de faire laver les pieds des invités pour les débarrasser de la poussière du chemin. Ici, il s’agit de laver ces hommes de leurs saletés. Jésus nettoie leur crasse et la prend sur son vêtement-linceul. « Pour qu’ils aient une part avec lui », dit-il à Pierre. Pour qu’ils soient purs de sa pureté. Pour qu’ils soient brûlés de son feu. Jésus est l’Agneau totalement pur qui vient se salir pour nous préserver du mal, de ce qui nous enlaidit. Aux jours de l’Exode aussi, c’est par un agneau que le peuple avait été préservé ; mais que de sang avait coulé. Ce soir, nous voyons le Seigneur laver les pieds de Matthieu, qui fut le publicain Lévi ; les pieds des fils de Zébédée, qui l’ont tant aimé et qui se sont aussi disputés les meilleures places ; les pieds de Thomas, ceux de Simon le Zélote (le « terroriste »). Et Jésus arrive devant Judas : ici encore il s’agenouille, et il le lave. Je n’arrive pas à me représenter ce qui a pu se passer dans cet instant, cela me dépasse totalement.
Frères et Sœurs, au cours de ce repas, Jésus brûle ses amis, il nous brûle tous au feu de son Amour, pour qu’à jamais nous soyons brûlés et brûlants de Lui. Voilà le miracle qui s’est produit ce soir-là et qui se renouvelle dans chaque Eucharistie.
Je souhaite un heureux Jeudi Saint à mes confrères prêtres. Hommes indignes, nous avons été saisis par ce brasier ardent. Un heureux Jeudi Saint aussi à vous tous : consacrés, engagés, baptisés ou futurs baptisés, mariés, amoureux de la vie – de l’humanité – de Dieu, embarqués dans des combats pour la santé ou pour la paix – la vôtre ou celle des autres, donnés à un métier, des études, des idéaux, des projets... : tous nous avons part à ce même Feu qui nous réunit ici. Approchons-nous, laissons-nous faire, devenons pour toujours des êtres habités par ce Feu, et allons le porter ailleurs !


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