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PAROISSE
SAINT  
FRANÇOIS
Louvain-la-Neuve

Homélie pour lev 11e dimanche du TO 14/06/2026 - A | P. Damien Desquesnes

Dès le début de son ministère, Jésus était accompagné d’une troupe de disciples. Ils étaient aux premières loges de son enseignement. À eux, le Maître donnait le sens des paraboles ; il leur révélait les mystères de son Royaume. Cependant Jésus n’avait pas seulement en tête de leur procurer un enseignement. Il voulait également former leur cœur en leur permettant de partager sa vie. Il les a ainsi imprégnés de sa sensibilité ; il a voulu qu’ils vivent dans un esprit fraternel.

Parmi les disciples, on note la présence de femmes (Lc 8,1-2) ; elle témoigne du souci que Jésus avait de leur vie religieuse.

Il y avait un autre groupe, à propos duquel nous sommes davantage renseignés : le collège des Douze. Nous connaissons leur nom ; le passage que nous avons entendu aujourd’hui nous en dresse la liste. Aux membres de ce collège, Jésus donne un titre : ils seront appelés « apôtres », c’est-à-dire qu’ils seront envoyés avec la mission de faire ce que Jésus faisait lui-même.

 

Je voudrais ce matin attirer votre attention sur ceci. Il n’est pas suffisant de considérer les apôtres seulement d’après la mission qu’ils ont reçue ou d’après ce qu’ils auront à faire. Le passage de ce dimanche laisse entrevoir deux éléments importants.

Tout d’abord, la mission des apôtres est portée par la prière des disciples : « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » Ainsi les apôtres ne seront pas livrés à eux-mêmes ; leur œuvre sera surnaturelle : ils auront à rendre présente l’action même de Dieu.

Ensuite, leur envoi trouve sa cause profonde dans l’état d’esprit de Jésus : sa compassion à l’égard des foules. (Notons que cette compassion, dans l’Écriture est le propre de Dieu et aussi de Jésus.) Ainsi, les apôtres n’auront pas tant à se préoccuper de l’efficacité de leur action que de l’esprit dans lequel celle-ci se réalisera. Je veux dire que les apôtres ne doivent pas perdre de vue cette compassion ; ils auront à s’efforcer de s’en imprégner. Le Seigneur aurait le cœur déchiré d’apprendre que ses apôtres, par leur dureté, auraient éloigné les foules loin de lui.

Certes, il ne s’agit pas de canoniser les foules. Les sentiments qu’elles avaient vis-à-vis de Jésus n’étaient pas sans ambiguïtés. Mais en proclamant le Royaume, Jésus avait réveillé leur soif religieuse. Grâce à lui, elles se sont mises à aspirer au salut, à la joie de croire en Dieu. Jusque là, elles étaient plutôt délaissées ; les docteurs de la loi n’en avaient cure : « Cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits » (Jn 7,49).

 

Frères et sœurs, il y a quelque chose d’urgent dans la mission des apôtres. La moisson en effet est abondante ; il serait dommage qu’elle soit gâtée à cause du manque d’ouvriers pour faire la récolte. Jésus est le Seigneur de son Église, mais il veut aussi habiter tous les peuples. C’est pourquoi il a besoin d’apôtres. C’est un grand devoir pour nous — comme ce fut le cas pour les premiers disciples — de prier pour la mission apostolique. Que l’esprit de compassion pour les pécheurs soit celui des apôtres et soit également partagé par toute l’Église !

 

Je voudrais terminer par cette question que pose saint Paul : « Tous sont-ils apôtres ? » (1 Co 12,29) Paul sous-entend que non. Cependant, je me permets d’ajouter que si tous ne sont pas apôtres, tous ont à cultiver l’esprit de compassion, y compris celui qui reste auprès du Seigneur, comme le moine par exemple. En quelque sorte, celui-ci, si l’on en reste aux apparences extérieures, est l’antiapôtre. Il ne va pas vers les foules — ce n’est ni sa mission ni sa vocation —, mais l’expérience montre que souvent les foules viennent à lui. Voilà une raison supplémentaire qui doit pousser le moine à cultiver la compassion pour tous les hommes.

Entre l’apôtre et le moine, il y tout le reste des disciples, c’est-à-dire nous… Ni apôtre, ni moine, nous sommes également appelés à la compassion et à être des témoins. Je veux dire à briller des lumières de la foi et de l’amour là où nous sommes.

Quant au Seigneur, il est tout en même temps. Comme le moine, il aime cette solitude où il se rassasie du visage du Père (Mc 1,35). Il est aussi l’Apôtre de notre profession de foi (He 3,1). Enfin, il est le Témoin fidèle et le premier-né d’entre les morts (Ap 1,5).

Occupons donc la place à laquelle le Seigneur nous a appelés. C’est là que nous porterons du fruit. N’oublions pas non plus de porter les fardeaux les uns des autres (Ga 6,2) et d’avoir le souci du salut des pécheurs.

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