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PAROISSE
SAINT  
FRANÇOIS
Louvain-la-Neuve

Homélie pour lev 27e dimanche du TO | 4/10/2026 - A | P. Damien Desquesnes

il y a 6 jours
4 min de lecture

        

(Transcription d’après enregistrement audio)                                                                                   

Prenez sur vous mon joug, dit Jésus, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur. Frères et sœurs, le Seigneur invite ceux qui veulent le suivre, à déposer leur fardeau, le poids d’une vie sans Dieu, pour en porter un autre. Cet autre fardeau, Jésus le désigne par une image, un joug. Aujourd’hui, on ne sait plus très bien ce que c’est qu’un joug. C’est une pièce de bois qui solidarise deux bœufs pour leur permettre de tirer ensemble une charrue. Mais c’est une image. Quel est donc ce joug auquel Jésus pense ? Il nous donne une précision. Il dit « c’est MON joug ». C’est ce joug qui nous attache au Christ. Car Lui, il est aussi attaché à un joug. Ce joug, nous le portons avec Lui. Et c’est ce qui caractérise toute la vie chrétienne. Nous tirons le poids de notre existence, solidement attachés au Christ. Et nous progressons ainsi, pas à pas, dans la vie, en apprenant, jour après jours, combien Lui, Jésus, est doux et humble de cœur. C’est ainsi que nous apprenons cette facette du cœur du Christ, sa douceur et son humilité, tout simplement, en marchant côte à côte avec Lui.


Le saint que nous fêtons aujourd’hui, saint François, le patron de notre paroisse, n’a pas fait autre chose. Il s’est débarrassé du fardeau de sa vie bourgeoise pour prendre le joug du Seigneur. Il a bien sûr imité son exemple de vie. Mais plus encore, en marchant sous le joug du Seigneur, il a cherché aussi à s’imprégner de son Esprit, à être en harmonie avec les mouvements qui font battre son cœur.


Être doux et humble de cœur ! François, comme je vous l’ai dit, l’a appris de l’union qu’il cultivait avec le Christ. Et cela produisait aussi un effet en lui. En apprenant à être doux et humble, son cœur est devenu plus vulnérable. On prête cette parole à saint François : Je pleure, disait-il, de ce que l’amour n’est pas aimé. Oui, François pleurait de voir son père tout occupé à ses affaires, à fabriquer son drap, à courir les routes pour le vendre et à ensuite compter ses bénéfices. Il pleurait de voir cet état d’esprit se répandre parmi ses contemporains. C’est à cet époque que les hommes ont appris à se satisfaire du fruit de leur travail.


Bien sûr, leur vie était pénible. Mais elle leur rapportait de l’argent. Et peu à peu, ils se mirent à redouter que leur cœur fût blessé par la Grâce. De moins en moins, leur cœur avait droit de cité dans leur vie ; pas seulement à Assise mais dans toute l’Europe. Et c’est ainsi que diminua l’amour. Il cessa peu à peu d’être aimé.

C’est pour sauver le cœur de l’homme de sa suffisance que François embrassa « Dame Pauvreté ». Et il le fit réellement, concrètement, en se dépouillant de tout. Ce fut là un geste prophétique, un geste inspirateur, un geste que nous ne pourrons pas, bien-sûr, reproduire totalement dans notre vie, mais qui doit rappeler à toutes les générations chrétiennes que celui qui possède quelque chose ne doit cependant pas y mettre son cœur, sous peine de manquer à l’amour.



La pauvreté fut donc le maître-mot des frères qui se rassemblèrent autour de saint François. Elle devint une règle quasiment absolue. Pour cette raison, l’Ordre franciscain manqua aussi quelquefois d’ordre et de structure. Rapidement, il se scinda en plusieurs branches. Mais mystérieusement, il survécut à toutes ses déchirures, à toutes ses difficultés. On retrouvait les frères partout. La vulnérabilité de leur cœur et leur zèle leur ouvrirent les portes de beaucoup de maisons. On ne compte pas leurs maladresses, c’est certain — mais les curés peuvent leur pardonner parce qu’eux aussi en font beaucoup — et cependant, les fruits furent innombrables.

Il y avait autrefois un petit couvent de franciscains à Louvain-La-Neuve. Il n’existe plus depuis quelques années — on pourrait peut-être s’en attrister — mais il reste, qu’il y a une paroisse qui est dédiée à saint François. Il n’y a plus de frères qui courent les rues, mais il y a vous, frères et sœurs !


C’est notre fête aujourd’hui. Et peut-être que vous vous attendriez à une sorte de discours sur l’état de l’union. Mais votre curé n’a rien d’autre à dire que ceci : vous inviter à prendre place sous le joug du Seigneur et marcher à ses côtés, pour apprendre de Lui ce qu’on ne peut apprendre qu’avec le temps : être doux et humble de cœur, humble et vulnérable. C’est ce cœur-là qui est aussi, cela-même, de saisir la détresse du cœur de nos contemporains. Car François ne s’est pas morfondu en pleurant de ce que l’amour n’était pas aimé. Il n’est pas resté enfermé dans la coquille de son hyper-sensibilité. Avec elle, il est allé à la rencontre de ses contemporains pour leur annoncer l’Évangile, avec délicatesse et audace.


Comme c’est important de témoigner ainsi de la Bonne Nouvelle, à l’heure où nous sommes, dans un monde qui connaît une très grande dépersonnalisation ! Aller vers les hommes, avec audace et délicatesse ; tel est aussi ce que nous voulons pour nos frères et sœurs. Et ce sera un grand service que nous leur rendons.

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