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PAROISSE
SAINT  
FRANÇOIS
Louvain-la-Neuve

Homélie pour la fête de la Toussaint | 1/11/2026 - A | P. Damien Desquesnes

il y a 7 jours
4 min de lecture

(Transcription d’après enregistrement audio)                                                   

Frères et sœurs, aujourd’hui nous célébrons la fête de tous les saints, les saints qui ne sont pas inscrits dans le calendrier, ceux qui sont inconnus, voire ceux que nous avons oubliés. Mais la fête de la Toussaint n’est pas un grand panier dans lequel nous mettons tous les objets perdus. Nous fêtons également et surtout la communion qui existe, qui se tisse entre tous les saints. Nous allons approfondir ce sujet ce matin dans le but de mieux comprendre notre vocation. Quel genre d’Église, en fait, nous formons.


Je propose de partir d’une phrase de saint Paul, une belle expression qui s’applique avant tout aux saints : Chez eux, le Christ est « tout, en tous » (voir 1 Co 15,28). Dans le cœur des saints, le Christ est tout, en chacun. Avant même d’être au Ciel, Paul lui-même avouait ceci : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (voir Ga 2,20). Voilà, frères et sœurs, le ciment qui assure l’unité entre tous les saints. C’est l’unique Christ qui est présent tout entier en chacun d’eux. C’est pourquoi la communion des saints est une communion qui ne peut ni se défaire, ni se relâcher, ni connaître la moindre trahison. Rappelez-vous la première lettre de Paul aux Corinthiens. Il écrit à une petite Église, qui est divisée entre différents partis. ‘Moi je suis à Paul !’ – ‘Moi, je suis à Apollos’ dira un autre (1 Co 1,12). Et Paul répond « Le Christ est-Il divisé ? » Non, bien sûr ! La communion des saints, pour cela, est infiniment plus solide que n’importe quelle fraternité humaine. Et je vous le rappelle, le témoignage de l’Église dans le monde tient, en tout premier lieu, à l’unité qui existe entre tous ses membres. 


Ne nous voilons pas la face. Nous savons bien que l’unité de l’Église est toujours quelque peu défaillante. Mais ne vous découragez pas, frères et sœurs, même si vous avez le sentiment de ne pas pouvoir faire grand chose pour construire l’unité de l’Église. Peut-être justement, c’est cela qu’il faut faire. Pour construire l’unité dans l’église, il faut commencer par ne rien faire du tout, n’avoir aucun projet, mais simplement ceci : réaliser que vous êtes baptisés ! Le baptême n’appartient pas au passé de votre vie, il est votre présent. Et le baptême que vous avez reçu est le même pour chacun d’entre vous.


Réalisez ce que dit Paul dans sa lettre aux Ephésiens : « Le Christ habite déjà dans vos cœurs par la foi »  (Ep 3,17). Chaque eucharistie, chaque communion alimente, renforce notre foi en cette présence de l’unique Seigneur qui habite déjà en nous. Il est présent en nous, oui, comme Il est d’ailleurs présent dans le cœur des saints. De ce point de vue, frères et sœurs, il n’y a pas de différence entre les saints qui sont au Ciel et nous qui marchons encore sur la terre. La vraie différence, c’est le cas que nous faisons de cette présence du Christ. Chez les saints elle est tout. Elle est l’arme de leur triomphe, elle est leur force, le motif de leur joie, de leur assurance et de leur paix.


Le Christ, oui, est présent aussi en nous. Mais malheureusement, nous sommes souvent ailleurs. C’est pour cela qu’il faut que nous commencions par ne rien faire, sinon de réaliser la vérité de la présence du Christ en nous. Si au contraire, nous faisons autre chose — en échafaudant par exemple des plans — nous sommes dans l’action peut-être, mais nous risquons de bâtir en porte-à-faux ; notre projet peut n’être qu’à mesure humaine. Il ne se déploie pas sur le fond solide qu’est le Christ. Et puis, rappelez-vous cette parole de Jésus, que nous trouvons dans le chapitre 15 de l’Évangile de Jean, où le Seigneur se compare au cep et nous aux sarments. Voilà ce qu’Il dit : « Sans moi — ou en dehors de moi —, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). Sans moi, vous ne pouvez pas tisser de communion entre vous ; ou alors, une fraternité qui risque de s’éroder très rapidement.


En vous parlant ainsi ce matin, je voulais simplement vous montrer que le chemin de la communion des saints et de l’unité de toute l’Église passe par celui de notre cœur, là où le Christ fait sa demeure. C’est courageux, frères et sœurs de l’emprunter. Vous passerez certainement pour un original si vous cherchez à y progresser. Mais en faisant ainsi vous allez libérer une énergie, celle de l’agapè, celle de l’amour de bonté.


Je voudrais terminer en vous rappelant l’objectif de ce petit mot : essayer de comprendre la communion que nous formons, à partir de ce que les saints vivent déjà au Ciel. Je vous ai dit il y a quatre ou cinq semaines, que l’on pouvait comparer l’Église à une usine de recyclage : nous y entrons tout cabossés et peu à peu elle nous répare, elle nous purifie. Mais aujourd’hui, nous pouvons la voir également comme une école, une école de communion, comme le lieu où le Christ apprend à ses frères à ôter toutes les résistances à l’amour de bonté. Les premiers chrétiens en avaient une vive conscience. Saint Ignace d’Antioche au tout début du deuxième siècle, quand il écrivait à une Église particulière, il la surnommait ‘la charité des frères’, la charité des frères !


Le curé de cette paroisse rend grâce pour le dynamisme dont beaucoup font preuve notamment en rendant divers services. Mais si le Christ habite en nous, en chacun de nous ainsi que dans le frère ou la sœur assis à côté de moi, si dans la foi je reconnais cette présence, alors je ne peux rester sans rien faire, sans y être un minimum attentif, sans chercher par un geste concret à manifester ma bonté envers ce frère, envers cette sœur. Je ne vous donne pas de choses à faire concrètement parce que je suis sûr que vous êtes assez intelligents pour trouver le moyen pour manifester cette bonté à l’égard de votre prochain.

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