Homélie pour le 1E dimanche du TO | 01/02/2026 | P. Damien Desquesnes
- Xavier Joachim
- 1 févr.
- 3 min de lecture

 Jésus gravit la montagne et se mit à instruire les foules.
Nous commençons la lecture de ce qu’on appelle le Sermon sur la montagne. Il s’agit des chapitres 5, 6 et 7 de l’Évangile selon saint Matthieu. Cette lecture se poursuivra jusqu’au Carême. Aujourd’hui, nous venons d’entendre le passage le plus connu : les béatitudes. Pour rappel, il s’agit du passage que nous lisons à la Toussaint.
Avant d’aller plus loin, je voudrais vous rappeler le thème de la semaine dernière : la conversion. Je vous avais dit qu’elle est la clé qui permet de comprendre la portée de l’enseignement de Jésus. Elle consiste à réaliser combien nous dépendons de Dieu. Comme le dit saint Paul : en Lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être (Ac 17,28). Cette nécessaire conversion nous est redite un peu autrement dans l’Évangile de ce jour : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux ».
Qui sont ces pauvres de cœur, sinon qui refusent la suffisance en réalisant que Dieu est la source de leur vie et qui attendent de Lui le bonheur qui les comblera ? Pour ces pauvres-là , la conversion n’est pas d’un instant, elle est un esprit qu’ils cultivent, qu’ils vivent dans la joie parce qu’ils s’émerveillent de la bonté et de la fidélité de Dieu.
Jésus commence donc sa prédication par louer la pauvreté de cœur. En fait, celle-ci est dans l’ordre des choses. Elle se base en effet sur cette vérité : nous ne sommes pas au point de départ de nous-mêmes.
Le plus étonnant, c’est que, de cette vérité, nous en sommes facilement distraits. Cela, pour un tas de raisons…
Souvent, le travail, l’éducation de nos enfants, les services à rendre aux autres, la fatigue mettent cette vérité comme en repos. C’est normal ; nous n’y échappons pas. Et à vrai dire, cette distraction n’est pas coupable tant que notre cœur n’est pas ankylosé dans la suffisance.
Mais les hommes sont quelquefois distraits de cette vérité parce que l’émerveillement pour le don de l’existence s’est éteint en eux. Ils manquent alors de joie et finissent désabusés. Au mieux, ils font n’importe quoi ; ils gaspillent les biens de la terre et leur temps à des riens… Au pire, ils deviennent ingrats et méchants. Ils sont sans reconnaissance, car, à leurs yeux, tout leur est dû. Ils écrasent leur conscience en étant égoïstes et sans pitié vis-à -vis des pauvres et des petits. Ils deviennent durs et sont insensibles devant les larmes des affligés. Pour finir, ils deviennent ennemis de Dieu. Leur dire que Dieu les aime les dérange parce qu’alors ils devraient tenir compte de cet amour…
Je viens de forcer le trait, mais pour montrer que deux esprits irréconciliables peuplent l’humanité. Il y a les pauvres de cœur à qui Jésus promet le Royaume des Cieux ; il y a à l’opposé ceux qui sont riches d’eux-mêmes parce qu’ils ne laissent pas de place en eux ni pour Dieu, ni pour les autres.
Évidemment, la plupart du temps, la frontière entre ces deux « esprits » passe à l’intérieur de chacun : les hommes sont partagés. Il faut cependant déplorer que parmi les grands de ce monde — ceux qui sont parvenus à se hisser au-dessus de leurs rivaux — beaucoup sont davantage enclins à être riches d’eux-mêmes. Il ne faut pas s’étonner des conséquences d’un tel état d’esprit : le règne du mépris des pauvres et des petits, l’extension de la misère et de l’injustice. Si être riche de soi peut sembler être profitable, ce n’est jamais qu’à court terme. À la longue, cela ne l’est pas, car « aucun être de chair ne peut s’enorgueillir devant Dieu », dit saint Paul. L’Apôtre le dit avec force à ces Corinthiens qui ne sont pas « des gens puissants ou de haute naissance ».
Que le Saint-Esprit nous apprenne à aimer la pauvreté du cœur et la joie qui lui est attachée, en même temps qu’il nous fait découvrir l’amour dont Dieu nous aime.